L’Indianocéanie des Lumières est un sujet majeur dans la pensée de Montesquieu et de son œuvre L’Esprit des Lois. Le philosophe bordelais analyse finement la constellation des échanges maritimes et marchands de cette région du monde.

Il y voit un territoire ouvert de Cités Etats fonctionnant à la fois en réseau mais aussi tournées vers l’extérieur. Il est particulièrement alerte de l’œuvre de grands conquérants comme Alexandre le Grand qui ont tenté de susciter un syncrétisme entre Orient et Occident, en s’inspirant des traces des expériences de gouvernance de sultans et princes de l’espace Indianocéanique.
La tolérance vis à vis de la diversité religieuse des différentes communautés est un élément qui intéresse aussi la réflexion des Lumières.

L’année 2021 commémore le Tricentenaire des Lettres Persanes de Montesquieu. A travers cette œuvre orientaliste, le philosophe se glisse dans les avatars de deux personnages : Uzbek et Rika. Ces voyageurs décryptent les mœurs européennes et les analysent sous le prisme de l’étranger engagé dans un processus de découverte et d’apprentissage de nouveaux rites.
Ces échanges déclenchent une formidable extériorisation des situations et cadres de pensée. Dans ce sens, l’œuvre de Montesquieu offre une singulière prise de recul. Cet outil de questionnement de l’autre prend tout son sens aujourd’hui.
Dans un monde où les talents sont nomades, les capitaux voyageurs et les emplois mobiles, nous avons plus que jamais besoin de nous ouvrir à des innovations de rupture, de remise en question de nos modèles pour inventer demain.
C’est une boussole importante pour sortir de « l’effet miroir » et d’endogamie… La société cultive trop souvent un esprit moutonnier : suivre aveuglément les autres, ou les imiter sans discernement.
Lorsqu’on est baigné de deux cultures et deux pays, les choses peuvent toujours être vues sous différents angles. Si l’on fait un pas de côté, on peut toujours regarder les choses autrement.

Kevin Lognoné pour INCODEV